Citadelle/Qal’at (666/1267)
Localisation
Sur la colline actuellement nommée parc HaMetsuda.
Bibliographie
Barbé (2015), p.45-81 ; Barbé (2022) ; Barbé/Damati (2004), p.77-95 ; Barbé/Damati (2005) ; Conder/Kitchener (1881), p.248-250 ; Damati (1990) ; Damati (1991) ; Damati (2000) ; Dotti (2007), n°11 ; Guérin, (1880), II, p.419-426 ; Huygens (1981) ; Meinecke (1992), 4/90, 42/93, 4/107 ; Petersen (2001), n°119 ; Pringle (1995), p.139-149 ; Pringle (1997), p.91-92 ; Raphael (2010), p.146-155 ; Rey (1871)
Inscriptions
RCEA 4589 ; TEI, n°2223 ; Tütünçü
(2008), n°139
Historique
La forteresse de Safed repose sur un piton
rocheux d’environ 800m d’altitude surplombant le lac de Tibériade au sud. Cette
position stratégique protégeait deux axes principaux : un axe nord-sud
remontant la vallée du Jourdain en contournant le lac de Tibériade par l’ouest
et un axe ouest-est reliant Acre à Damas via le pont du Jisr Banât Yaqûb/Gué de
Jacob.
La construction du site comprend plusieurs
phases :
1e période
franque (1101/1102-1188)
Une première fortification est mentionnée
vers 495/1001-1002, elle est la propriété d’un groupe que les sources arabes
appellent al-Dâwîya identifié à tort avec les Templiers.[1]
Le site devient propriété des Templiers en 1168 et jusqu’à sa prise par Sâlah
al-Dîn en shawwal 584/novembre-décembre 1188. Le site est remis à l’émir Sa’d
al-Dîn Mas’ûd ibn Mûbarak Tamirak qui le garde jusqu’en 608/1211.[2]
Période Ayyûbide (1188-1240)
Lors d’une visite le 13 shawwal
588/21.X.1192, Sâlah al-Dîn fait réparer certains dégâts. Le site a aussi été
endommagé par le séisme du 20 mai 1202.[3]
Vers 1218-1220, le sultan Ayyûbide
al-Mu’azzâm ‘Isa (r.615/1218-624/1227) fait démanteler la forteresse. A l’été
1240, les Francs récupèrent le site et les Templiers entament des travaux de
restaurations.[4]
2e période Franque
(1240-1266)
C’est à l’évêque de Marseille Benoît
d’Alignan que l’on doit la reconstruction du château, apparemment en ruines à
cette époque (ill.2-4, 13, 14). Cet évêque, sur place de 1239 à 1242 puis de
1260 à 1262, serait l’auteur du texte latin De Constructione castri Saphet
qui relate avec détails la reconstruction du château.[5]
Cette période entre ces travaux et la
conquête de Safed par les Mamluk en 1266 n’est pas très documentée.[6]
Période Mamluk (1266-1516)
Au cours de sa campagne militaire pour
affaiblir le royaume de Jérusalem[7],
le sultan al-Zâhir Baybars (r.17 dhu’l-qa’da 658/24.X.1260 - 27
muharram 676/30.VI.1277) fait envoyer des troupes à Safed en vue de préparer le
siège de la forteresse qui débute le 2 shawwal 664/7.VII.1266 et s’achève le 18
shawwal 664/23.VII.1266 par la capitulation des assiégés. Les premières mesures
du sultan sont la réorganisation du territoire de Safed ; il nomme l’émir
Majd al-Dîn al-Tûrî comme gouverneur du château et l’émir ‘Izz al-Dîn Aybak
al-‘Ala’î comme gouverneur de la ville, Safed devenant alors la capitale d’un
vaste territoire.[8]
A l’occasion du retour de Baybars le 24 rajab 665/20.IV.1267, des travaux de restaurations sont projetés ; ils commencent à partir de safar 666/22.X-19.XI.1267 sous la conduite de l’émir Sayf al-Dîn al-Zainî, et sont encore en cours lors de la seconde visite du sultan le 12 rajab 666/28.III.1268. Ces travaux concernent la réfection des fossés, le renforcement de la première enceinte et de la barbacane (bashûra), la construction d’une grosse tour (al-qula) et l’installation d’un système hydraulique, d’un bain et la transformation de la chapelle en mosquée. Ces travaux étant documentés par une inscription de construction, plus en place, datée 666/1267.
Il y a peu d’informations sur le devenir du site jusqu’à une tournée d’inspection des fortifications par le sultan al-Ashraf Qaitbây (r.6 rajab 872/31.I.1468 – 27 dhu’l-qa’da 901/7.VIII.1496)[9], qui ordonne à partir du 13 ramadan 882/19.XII.1477, la restauration et le renforcement du château ainsi que la réactivation de l’approvisionnement en eau (ill.2, 5-7, 9-12).[10]
Par la suite,[11]
le site gardera sa vocation militaire jusqu’au début du 19e siècle,
bien que les sources et les voyageurs de l’époque le décrivent en ruines. Le
séisme du 1e janvier 1837 endommage sévèrement le site qui est
abandonné et servira de carrière pour la ville. Le site est visité par le baron
E.G. Rey en 1863[12],
Victor Guérin en novembre 1875[13]
puis par C.R. Conder et H.H. Kitchener la même année dans le cadre de leur
inventaire.[14]
La forteresse a fait l’objet d’un
programme de fouilles et d’une publication en 2022.[15]
Ces fouilles localisées sur la partie sud-ouest de la forteresse mettent au
jour une tour-porte avec rampe d’accès, des latrines et une grosse tour (10m de
diamètre) avec une citerne à sa base. Ces éléments correspondraient aux travaux
réalisés par le sultan Baybars.
Epigraphie
666/1267. Texte de restauration 1 ligne, plus en place.[16]
« xxx cette citadelle a été refaite,
fortifiée, achevée, embellie, après qu’il l’eut délivrée des mains des Francs
maudits et remise au pouvoir des musulmans, qu’il l’eut transportée du domaine
des Templiers à celui des vrais croyants, qu’il eut fait revenir à son état
primitif, à la foi véritable, ayant ainsi causé aux infidèles une perte et un
chagrin bien sensible, et, par suite, de ses efforts, de ses combats, substitué
la vraie religion à l’erreur, la proclamation de la prière au son des cloches,
le Coran à l’Evangile, présidant en personne aux travaux, au point que lui-même
et ses courtisans ont portés sur leurs têtes la terre et les pierres des
fossés, par ordre du sultan al-Malik al-Zâhir Abul-Fath Baybars. Que tout
prince de l’Islam qui possédera cette citadelle, que tout champion de la foi
qui l’habitera, lui accorde la part de récompense qui lui est due, et ne manque
pas d’implorer pour lui, en secret comme en public, la miséricorde
divine ! car chacun disait ‘puisse Dieu relever cette citadelle’, après
avoir dit ‘puisse Dieu en hâter la prise’ xxx ».
Illustrations
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1/ vue du site depuis l’est |
2/ plan général des fouilles au sud du château |
3/ plan des fouilles au sud du château : phase
franque |
4/ plan des fouilles de la tour porte : phase
franque |
5/ plan des fouilles de la grosse tour Mamluk |
6/ plan des fouilles de la tour porte : phase
Mamluk 1 |
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7/ plan des fouilles de la tour porte : phase
Mamluk 2 |
8/ relevés du sud-ouest du château |
9/ vue du font sud-ouest depuis le nord |
10/ vue du front sud-ouest et de la tour porte |
11/ la tour porte du château |
12/ l’intérieur de la tour porte depuis le nord |
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13/ vue de la
grande salle voûtée depuis l’est |
14/ vue des installations intérieures sud-ouest
depuis l’est |
Documents anciens
Burckhardt (1822), p.317. Visite le 21 juin 1812.
At the end of three hours and ahalf, after a short descent, we reached Szaffad the ancient Japhet ; it is a neatly built town, situated round a hill, on the top of which is a castle of Saracen structure. The castle appears to have undergone a thorough repair in the course of the last century, it has a good wall, and is surrounded by a broad ditch. It commands an extensive view over the country towards Akka, and in clear weather the sea is visible from it. There is another but smaller castle, of modern date, with halfruined walls, at the foot of the hill.
Guérin (1880), II, p.420-421 . Visite le 14 et 15 novembre 1875.
Le sommet de la montagne de Safed à 818 mètres d’altitude au-dessus de la Méditerranée ; il est couronné par les ruines d’une grande enceinte elliptique, dont l’entrée est vers le sud et qu’environne un fossé, en partie creusé dans le roc vif et aux trois quarts comblé. Cette enceinte, appelée encore aujourd’hui el-kala’h, était flanquée d’une dizaine de tours, qui ont perdu, ainsi qu’elle-même, leur revêtement de pierres de taille. Il n’en subsiste plus que le blocage intérieur. En dedans règne un second fossé, puis au-delà le château proprement dit n’offre plus qu’une masse confuse de décombres ; il était flanqué de tours aux angles et était pourvu de grandes et profondes citernes. On le détruit de jour en jour davantage, et c’est, comme l’enceinte extérieure, une véritable carrière, d’où les habitants extraient continuellement des matériaux tout taillés pour bâtir de nouvelles maisons. Une puissante tour isloée ou donjon, de forme circulaire, mesurant 34 mètres de diamètre, dominait le château, qui lui-même dominait toute la ville ; il en subsiste encore quelques assises inférieures disposées en talus extérieurement et composées de blocs réguliers, agencés avec beaucoup de soin. Au-dedans on remarque les débris d’une galerie voûtée, construite avec des blocs semblables. L’horizon dont on jouit du haut de ce donjon, tout rasé qu’il est aux trois quarts, est incomparable d’étendue et de beauté. On aperçoit presque toute la Galilée, et une vaste étendue des contrées transjordanes, au-delà des lacs Houleh et de Tibériade, qui se déroulent à vos pieds.
Les approches de Safed étaient en outre défendues, au nord-est et au sud-est, par deux autres forteresses, bien moins considérables, d’époque plus récente, qui tombent également en ruine.
Conder/Kitchener (1881), p.248-250. Visite en 1874-1875.
This was originally a Crusading
castle, but of that there remains but little. Vaults and entrances to cisterns
still show Crusading work, but the principal remains are those of the castle
that Dhaher el 'Amr built here at the time that he defied the Turkish
Government, and governed this part of the country by force. Excavation might
show Crusading remains hidden beneath the modern ruins. A vault that runs in a
circular direction round the top of the castle shows good Crusading masonry.
Some of the stones are 6' 5" long by 2’ 5" wide. They are well fitted
together with cement, and the round arch is built on a curve, as shown by the
plan. The stones have a slight draft, varying from 1 1/2 to 2"
wide. They are hammer-dressed nearly on a level with the draft. Underneath this
there are large vaults,at present inaccessible. This was probably the citadel
of the castle. To the southeast there is the entrance to large cisterns. This
is also built of large stones ; it is probably of Crusading work. The rest of
the remains of the castle are of small rubble masonry faced with well-dressed
stones of small size, and are the work of Dhaher el 'Amr.
The castle of Safed is rarely
mentioned in Crusading history. It was probably built by King Fulke about 1140.
It is mentioned by William of Tyre as the place to which King Baldwin III.fled
after his defeat in 1157 a.d. The defence of the castle appears to have been
entrusted to the Knights Templars, who claimed all the country west of it.
After the battle of Hattin, in
October of 1188, Saladin took Safed. It is then described as a strong castle.
In 1220 el Melek el Mu'adhdhem
caused Safed to be destroyed, for fear of the Christians getting possession of
it.
In 1240 it was given up to the
Christians after the treaty with the Sultan Ism'ail of Damascus, when Kul'at
esh Shukif and Tiberias were also surrendered. The Templars rebuilt the castle
owing to the efforts of Benedict Bishop of Marseilles. He laid the foundation-stone,
and saw it completed in 1260. In 1266 it was taken by el Melek ed Dhaher
Bibars, after he had failed to obtain possession of Montfort. It was
strengthened by Bibars. The castle was much destroyed by an earthquake in 1759.
[1] L’Ordre du Temple n’est fondé qu’en 1118/1120 par Hugues de Payns et Godefroy de Saint Omer, cf. Barbé (2022), p.20-21.
[2] Sur cette phase, cf. Barbé (2022), p.20-24.
[3] Sur ce séisme, cf. Ellenblum (1998), p.303-306 ; Daëron (2005), p.529-532.
[4] Sur cette période, cf. Barbé (2022), p.24-25.
[5] Cette attribution ne semble pas confirmée, cf. Barbé (2022), annexe II et p.25-26 ; Huygens (1981).
[6] Sur cette période, cf. Barbé (2022), p.25-30 et 54-78.
[7] Sur les campagens militaires du sultan, cf. Thorau (1992) ; Michaudel (2005).
[8] Sur l’organisation de Safed comme capitale, cf. Drory (2004), p.163-191 ; Barbé (2022), p.40.
[9] Sur cette tournée, cf. Devonshire (1922), p.1-43.
[10] Sur cette période, cf. Barbé (2022), p.30-41 et 79-101.
[11] Sur les périodes postérieures, cf. Barbé (2022), p.41-43.
[12] Cf. Rey (1871).
[13] Cf. Guérin (1880), II, p.420-421.
[14] Cf. Conder/Kitchener (1881), p.248-250.
[15] Cf. Barbé (2022), p.54-106.
[16] Texte d’après RCEA 4589.